Sur les traces des Celtes
26 lieux
Les Celtes ont laissé une empreinte profonde sur l’Europe, bien avant que Rome n’étende son empire. Leurs oppidums, leurs nécropoles et leurs objets de prestige dessinent une civilisation qui a su s’organiser, commercer et rayonner entre le VIIIe et le Ier siècle avant notre ère. Suivre leurs traces, c’est parcourir des sites où se mêlent vestiges imposants, paysages chargés d’histoire et récits de batailles qui ont changé le cours des événements. De la Bavière à la Moravie, des collines du Taunus aux rives de la Saône, ces lieux racontent une société hiérarchisée, ouverte sur le monde méditerranéen et capable d’édifier des villes fortifiées de plusieurs milliers d’habitants.
Sur les bords du Danube, l’oppidum de Manching
À quelques kilomètres d’Ingolstadt, là où la Paar rejoint le Danube, s’étendait au IIIe siècle avant notre ère une cité celtique d’une ampleur exceptionnelle. Manching occupait 380 hectares, protégés par une enceinte de 7,2 kilomètres, et abritait entre cinq mille et dix mille personnes. Les fouilles ont révélé un port aménagé dans un ancien bras mort, ainsi que des traces d’un carrefour de routes commerciales reliant le nord au sud et l’est à l’ouest. Les amphores de vin méditerranéen et les pièces de monnaie en provenance de Bohême témoignent de l’étendue des échanges. En 1999, près du port, un trésor de 483 statères boïens et un lingot d’or de 217 grammes ont été découverts, confirmant la richesse de ce centre politique et économique. Aujourd’hui, le rempart encore visible marque le paysage, tandis que les vestiges du port et des portes offrent un aperçu de cette métropole oubliée pendant deux millénaires.
Sur le mont Beuvray, la capitale des Éduens
Au cœur de la Bourgogne, sur les hauteurs du mont Beuvray, s’élevait Bibracte, la capitale des Éduens. Cette cité de 135 hectares, ceinte de deux remparts, dominait les vallées de la Saône, de l’Yonne, de la Seine et de la Loire. En 58 avant notre ère, César y livra une bataille décisive contre les Helvètes, rassemblant selon ses dires 368 000 personnes. Deux ans plus tard, Vercingétorix y fut proclamé chef des armées gauloises avant de livrer le dernier combat à Alésia. Bibracte fut aussi un quartier général pour les légions romaines et un foyer de la civilisation éduenne. Les fouilles, commencées en 1867, ont permis de reconstituer les ateliers de métallurgie, les sanctuaires et les maisons aristocratiques. Le musée installé sur place présente cette civilisation disparue, tandis que les vestiges des remparts et des rues invitent à imaginer la vie quotidienne des habitants.
À Alésia, la fin d’un monde
Perchée sur un plateau de deux kilomètres de long, à 400 mètres d’altitude, Alésia fut l’une des plus grandes cités gauloises. Capitale des Mandubiens, elle fut le théâtre d’un siège légendaire en 52 avant notre ère, où César encercla les troupes de Vercingétorix avec deux lignes de fortifications. Après trente jours de résistance, la famine força la reddition du chef gaulois, marquant le début de la domination romaine en Gaule. La ville devint ensuite un centre gallo-romain prospère, doté de temples, d’un forum et d’un théâtre. Les fouilles ont révélé les traces des deux camps romains, des habitations et des ateliers, offrant un témoignage unique de cette période charnière. Le site, aujourd’hui aménagé, permet de marcher sur les pas des soldats et des civils qui vécurent ce moment historique.
Au Glauberg, la figure du prince celtique
Dans le massif du Taunus, le Glauberg domine la Wetterau de ses 276 mètres. Ce site, occupé depuis le néolithique, fut un lieu de pouvoir à l’époque hallstattienne et laténienne. Deux tumulus y abritent des sépultures princières, dont celle d’un personnage de haut rang, accompagné d’un torque en or et d’une cruche à bec. La découverte la plus célèbre reste la statue d’un chef celtique, le « prince du Glauberg », taillée dans le grès et datée du Ve siècle avant notre ère. Le musée et le centre de recherche installés sur place exposent ces artefacts, tandis que les remparts et les fossés témoignent de l’importance stratégique de ce lieu. La vue depuis le sommet embrasse une région où les Celtes ont laissé de nombreuses traces.
À Windisch, de l’oppidum à la légion romaine
Sur un plateau entre l’Aar et la Reuss, près de l’actuelle Windisch, s’élevait Vindonissa, d’abord un oppidum celtique, puis un camp légionnaire romain. Fondé au début du Ier siècle de notre ère, il devint un carrefour commercial et militaire majeur, contrôlant les routes vers la Gaule, l’Italie et la Germanie. Les légions XIII, XXI et XI y stationnèrent jusqu’en 101, tandis qu’une cité civile se développait au sud. Les fouilles ont mis au jour des milliers d’objets du quotidien, dont des tablettes de cire racontant la vie des soldats. Le site, entouré de remparts et de fossés, conserve aussi les vestiges d’un amphithéâtre et d’un forum, témoins de la romanisation de la région.
La Fryburg, une cité oubliée pendant deux mille ans
Dans l’Oberaargau, près de Roggwil, une colline porte les traces d’une cité celtique de 23 hectares, entourée d’une puissante enceinte. Fondée vers 80–50 avant notre ère, la Fryburg fut oubliée jusqu’en 2008, date à laquelle des prospections archéologiques révélèrent son existence. Les fouilles ont montré qu’elle était un centre économique actif, où l’on frappait monnaie et travaillait le métal. Aujourd’hui, le site se visite librement, accompagné de panneaux explicatifs installés en 2022. Le paysage, marqué par les vestiges des remparts, invite à une lecture attentive de cette ville disparue, dont l’histoire n’a été révélée que récemment.
Le Heidengraben, une place forte sur la Schwäbische Alb
Au nord-est de Bad Urach, sur la Schwäbische Alb, s’étend le Heidengraben, un oppidum de 16,6 km² ceint de deux remparts. En son cœur, la Elsachstadt couvrait 1,53 km² et servait de plaque tournante pour le commerce est-ouest à travers l’Allemagne du Sud. Les fouilles ont mis au jour des amphores italiques et des monnaies celtiques, confirmant l’importance de ce site dans les échanges transalpins. Depuis 2024, un centre multimédia et une tour d’observation permettent de découvrir ce vaste ensemble. Les visiteurs peuvent aussi explorer les portes fortifiées et les tumulus environnants, qui illustrent l’organisation politique et religieuse des Celtes.